VU DE LA TERRE

VU DE LA TERRE

Naissance d'un texte

Pourquoi j'ai écris Vu de la Terre ?

Naissance d'un texte

Pourquoi écrire? Qu'est-ce qui fait qu'on se met à écrire à un moment donné? Souvent c'est pour se soulager de quelque fardeau ou quand l'oral semble impossible, alors on couche les mots sur un papier, pour ma part j'aime le couple stylo-papier; d'autres iront directement sur le clavier. Mais écrire n'est pas seulement un anti-depresseur libératoire, c'est aussi, éclaircir ses idées, approffondir ou encore se laisser aller au jeu des mots, s'amuser.

Pour Vu de la Terre, au départ ce n'était pas un texte de théâtre. J'étais à un tournant de ma vie ou je me posais beaucoup de questions, une sorte de dépression rampait sinueusement sur mon dos. Je sortais d'une crise de sclérose en plaque qu'on m'avait diagnostiqué 3 mois plus tôt. Une forme légère m'a-t-on dit fort heureusement, mais tout de même ça fait réfléchir. Je suis une comédienne très corporelle, mime de formation, donc si le corps ne suit plus, que deviens-je? Cette crise m'avait fait perdre une douzaine de contrats et mis dans l'embarras la compagnie qui m'engageait, obligée de me remplacer très vite.  Et puis la quarantaine passée de toute façon on me proposait déjà moins de contrat en temps qu'automate, mime suiveur etc...     Donc , tournant,    que faire,    changer de métier? Mais je ne sais faire que ça, des spectacles,  jouer pour donner à voir, à entendre, à sentir, jouer avec les émotions. Pourquoi renoncerais-je à ce métier que j'aime depuis plus de 20 ans.

Bref, j'ai commencé à écrire sur les sujets qui me tiennent le plus à coeur, sur lesquels je me pose des questions. Je me suis faite une liste de 23 thèmes, puis j'allais de l'un à l'autre de jour en jour. Certains se sont développés, d'autres non. Parfois c'était douloureux, je pleurais en  écrivant, en regardant certains documents, l'humain s'éloigne tellement de ce qui fait sa chaire même, de la nature, de la Terre; la mondialisation et ses effets si inégaux sur les peuples. La pollution, la déforestation; je sombrais parfois dans le désespoir. Puis heureusement j'ai une nature joviale, j'aime la vie. Alors parfois l'écriture m'emmenait vers des idées beaucoup plus légères, rigolotes et pleines d'espoir.

Puis j'ai commencé à écrire une histoire, celle d'une femme qui raconte sa vie en 2028, elle a 30ans. C'est l'utopie que je me suis inventée, de l'organisation de la société à la mentalité des gens. Tout est beaucoup mieux que dans son enfance ( notre époque actuelle ), mais je me suis arrêtée là car je ne trouvais pas quel était le truc fort qui avait pu se passer pour que tout le monde devienne aussi lucide, intelligent, gentil; une grande catastrophe, une météorite; bref, mon compagnon commençait à se moquer de moi en disant "ouai c'est l'appocalypse ton truc !" Bon d'accord pas très original, mais je m'étais quand même fait drôlement plaisir en inventant un monde idéal. C'est vrai que des vieux babas se seraient reconnus là, bon .

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La nuit suivante j'ai eu l'idée de faire parler le personnage Terre, d'en faire un spectacle que je jouerais seule ( comme ça en cas de poussée de sclérose en plaque je ne mettrais personne d'autre dans l'embarras sur un contrat ).    

Voilà c'était parti, je pouvais parler des sujets qui fâchent, le réchauffement climatique, l'eau, les énergies, tout, mais il a fallu sérieusement élaguer, je l'ai lu a des amis, j'ai recueilli les avis à droite à gauche. Comme j'ai décidé que je voulais m'adresser aux enfants de l'âge des miens, je l'ai lu à l'instit du cadet, au prof de SVT de l'aîné. Voilà j'irai dans les primaires et les collèges . Puisque je ne suis pas militante, mon engagement pour la planète se fera comme ça, ce sera ma façon de militer pour des changements de comportements, vers un monde plus en harmonie avec notre environnement, et aussi pour transmettre ma joie de vivre sur cette merveilleuse planète que j'aime tant. Bon il m'a fallu 7 versions et quelques mois pour arriver au texte actuel. Au début je le jouais très accusatrice envers l'humain, c'était la Terre qui fait sa manif. Ensuite je me suis radoucie, j'ai enlevé du texte, beaucoup, j'ai écris des chansons, ajouté du mime à mes mots.

Le personnage Terre existe grâce au costume, très important , je m'appuie vraiment dessus. J'adore ça dans la création, partir d'une idée, de l'intellecte, puis ensuite réaliser concrètement, inventer, dessiner, couper, coller, coudre et enfin essayer; c'est jubilatoire. De plus c'est un bon équilibre, j'ai toujours aimé le côté manuel. C'est rassurant de se dire "je suis capable de le faire" et je le fais. C'est comme mon décor ou plutôt mon fond de scène, je voulais quelque chose de léger, facile à transporter, à monter et démonter. Parce que vous ne connaissez pas le travail des petites compagnies qui tournent dans les écoles et autres lieux, on joue, oui, mais une grosse partie du travail consiste à trimballer du matériel lourd, la plupart du temps nos décors sont fait de barres métalliques et de tissus, puis des sacs d'acsessoires et de costumes. A deux passons, mais seule, non, je voulais autre chose, alors j'ai inventé un système léger dont je suis très contente. J'ai l'univers avec ses étoiles dans 3kg de matos! Youpi.

Voilà, je n'en suis qu'au début de cette aventure solitaire et j'espère bien qu'elle me mènera loin, en attendant il faut convaincre, donner envie de me faire passer dans des lieux divers et variés. J'ai une telle envie de jouer ce spectacle, de faire des débats après avec les enfants. Sensibiliser, c'est ma volonté. Quoi qu'il en soit ce spectacle a du sens pour moi, c'est la 1ère fois que je ressens ça à ce point. Jusqu'ici j'ai toujours défendu du mieux que je pouvais les spectacles dans lesquels je jouais et que je joue encore, mais c'est la 1ère fois que j'y mets autant de mon être.

Je joue la Terre, ça peut paraître mégalo, mais non je n'ai pas un égo sur- dimensionné, c'est juste que je me sens tellement faire partie intégrante de cette planète.
Dans le travail du mime on fait l'exercice de l'arbre, pour méditer aussi c'est très bien :
-   on ressent ses pieds comme les racines qui s'enfoncent loin dans le sol, puis il y a le tronc, tiens tiens, puis la tête et les bras sont les branches qui veulent aller loin dans le ciel, les mains sont les feuilles qui dansent grâce au vent.
-  quand on y est et que l'on sent l'énergie qui passe des entrailles de la terre jusqu'au ciel en passant par le milieu du corps puis du ciel à la terre, là on n'est pas seulement un humain, on se sent faire partie intégrante de cette entité (terre-univers).

Vous pouvez essayer cet exercice, c'est facile, sans risque et ça fait du bien. Moi je le fait à chaque fois avant d'entrer en scène, ça aide à gérer le trac et à se sentir dans le présent , à se sentir en accord avec son ou ses partenaires de jeu, c'est très efficace.

Voilà, je me sens comme une éponge, je ressens fortement ce qui arrive à notre planète, ce que l'humain en fait, je suis souvent triste, mais souvent gaie aussi. La vie elle même, la nature nous procure tant de bonheur, et c'est cela que je veux défendre, c'est ce paradis qui est là sous nos pieds.
Autant ma tristesse est due à l'humain, autant mon espoir aussi, quand je vois le nouveau courrant de pensée qui est en marche, c'est encourageant.

Nathalie.

J'ai écris cet article il y a 3 ans, depuis j'ai changé de costume, j'ai joué Vu de la Terre plus de 80 fois dont 4 mois au Théo-Théâtre à Paris (d'octobre 2009 à janvier 2010). L'aventure continue!!!!!

 


05/02/2008
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